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D’Ostuni à Lecce : la route lente le long de l’Adriatique

Ostuni, la ville blanche sur sa colline au-dessus des oliviers, au départ de la route côtière vers Lecce

Ostuni et Lecce sont les deux villes que l’on met aux deux bouts d’un voyage dans les Pouilles, et la route qui les relie est presque toujours traitée comme du temps perdu. Le trajet n’est pas long : en direct, par les grands axes, il fait environ une heure et quart. Mais la côte qu’il longe abrite le littoral protégé le plus sauvage de la région, l’endroit où la plus grande route romaine a fini par manquer de terre, et le dernier morceau d’une zone humide qui allait autrefois de Brindisi jusqu’à Otrante. Voici comment je découperais le trajet, et pourquoi il mérite une journée plutôt qu’un transfert.

Carovigno et Torre Guaceto

Carovigno est à une dizaine de kilomètres d’Ostuni, un bourg blanc tranquille avec un château d’origine normande, et presque personne ne s’arrête pour le bourg. On s’arrête pour ce qu’il a devant sa porte. Torre Guaceto est une réserve naturelle d’État gérée par le WWF et une aire marine protégée : environ 1 200 hectares de dunes, de zones humides et de vieilles oliveraies derrière quelque huit kilomètres de rivage, du nom de la tour de guet bâtie là en 1567.

Le nom est plus ancien que la tour. Il vient de l’arabe Gaw sit, « lieu d’eau douce », relevé par le géographe al-Idrisi en 1164 pour les sources qui alimentent encore la zone humide. La protection est venue lentement : aire marine protégée en 1991, réserve naturelle d’État en 2000. Ce que l’on ressent sur place, c’est que les voitures restent dehors. On laisse la voiture à l’entrée de la réserve et on entre à pied ou à vélo, et c’est pour cela que la plage derrière ces dunes ne ressemble en rien aux enfilades de lidos plus au nord.

La tour de guet aragonaise de Torre Guaceto au-dessus des herbes des dunes et de l’Adriatique
La tour de 1567 qui donne son nom à la réserve. La plage se gagne à pied, on ne se gare pas dessus.

Brindisi, là où finit la voie Appienne

Vingt-cinq kilomètres plus loin, voici Brindisi, que je ne vais pas survendre : c’est un port de travail, pas une ville de carte postale. Donnez-lui une heure et elle vous le rend. Montez du port jusqu’à la colonne romaine en haut de l’escalier, la fin traditionnelle de la via Appia, la route partie de Rome et arrêtée ici parce que la terre s’arrêtait. Virgile est mort dans cette ville en 19 av. J.-C. La route elle-même est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Et voici le détail qui change la suite du trajet. Il y avait autrefois deux colonnes. La seconde s’est effondrée en 1528, et sa pierre a été portée à Lecce, où on l’a redressée pour porter la statue de saint Oronce sur la grand-place. Le dernier tronçon de cette route suit donc un morceau de maçonnerie qui a fait le même voyage il y a cinq siècles. En arrivant Piazza Sant’Oronzo en fin de journée, vous regardez l’autre moitié de ce que vous avez vu au-dessus du port à midi.

Si vous préférez un bain à une colonne, le sable commence à une vingtaine de minutes au nord de la ville, de nouveau dans la réserve : Punta Penna Grossa, c’est 1,4 km de sable clair à environ 15 km de Brindisi, peu profond et limpide.

La colonne romaine qui subsiste au-dessus de l’escalier du port de Brindisi, fin de la voie Appienne
La colonne restée debout. Sa jumelle est tombée en 1528 et est partie vers Lecce.

San Cataldo et les Cesine, le dernier tronçon

La plupart des gens font les 35 derniers kilomètres d’une traite jusqu’à Lecce. La meilleure fin passe d’abord par la côte. San Cataldo est à une dizaine de kilomètres à l’est de la ville et c’est la plus connue des cinq marines de Lecce, assez proche pour que les habitants l’appellent simplement la mer des Leccesi. Il y a un phare, un petit port de plaisance, et quelque chose de plus ancien : l’empereur Hadrien a fait construire ici le premier port au IIe siècle, quand Lecce était la colonie romaine de Lupiae, et ses vestiges sont encore dans l’eau.

Un peu plus au sud, sur la même côte basse et sableuse, se trouve la réserve des Cesine, et c’est la raison pour laquelle ce tronçon est resté vide assez longtemps pour survivre. Jusqu’au début des années 1900, toute la bande de San Cataldo à Otrante était presque inhabitée, marécageuse et impaludée, et elle a été asséchée à la fin du XIXe siècle pour la rendre vivable. Ce que l’on voit aujourd’hui, c’est ce qui a échappé à cet assèchement. En 1971, à Ramsar, elle a été reconnue zone humide d’importance internationale, en 1979 elle est devenue oasis du WWF et en 1980 un décret ministériel en a fait une réserve naturelle d’État confiée au WWF Italie.

Debout sur la dune, la géographie de tout le trajet devient claire : les étangs et la pinède derrière, une mince bande de sable, puis l’Adriatique. C’est le dernier morceau d’une zone humide qui allait autrefois sans interruption de Brindisi à Otrante, et vous venez de parcourir toute la longueur de là où était le reste.

Les étangs, le cordon dunaire et la plage de la réserve des Cesine, sur la côte à l’est de Lecce, vus du ciel
Les Cesine vues d’en haut : les étangs derrière, la dune et la mer. Le dernier morceau d’une zone humide qui atteignait Brindisi.

Puis vingt minutes vers l’intérieur jusqu’à Lecce. Une note pratique pour l’arrivée : tout le centre historique est une ZTL permanente, alors laissez la voiture en dehors, au Foro Boario ou Piazza Mazzini, et entrez à pied. Où dormir aux deux bouts, c’est dans notre guide sur où loger dans les Pouilles.

D’Ostuni à Lecce en un coup d’œil

ÉtapeDepuis l’étape précédentePourquoi s’arrêterVoiture nécessaire ?
OstuniDépartLa ville blanche, au mieux dans la lumière du matinLa gare est à 2,5 km sous la vieille ville
Carovigno et Torre Guaceto~10 kmDunes protégées et la tour de 1567Oui, pour la réserve
Brindisi~25 kmLa colonne romaine, fin de la voie AppienneNon, c’est sur la ligne ferroviaire
Punta Penna Grossa~15 km en remontant1,4 km de sable dans la réserveOui
San Cataldo et les Cesine~35 km, puis vers la côteLe port d’Hadrien et la dernière zone humide du SalentoOui
Lecce~10 km vers l’intérieurLe baroque, et l’autre moitié de la colonne de BrindisiNon, mais garez-vous hors de la ZTL

D’Ostuni à Lecce : questions fréquentes

Combien de temps prend le trajet d’Ostuni à Lecce ?

En direct, par les grands axes, environ une heure et quart. Pris comme le propose cette page, avec Torre Guaceto, Brindisi et un arrêt sur la côte sous Lecce, il remplit confortablement une journée et peut s’étaler sur deux.

Peut-on faire cette route sans voiture ?

En partie. Ostuni, Carovigno, Brindisi et Lecce sont toutes sur la ligne régionale adriatique, donc les villes sont faciles. Ce que le train n’atteint pas, c’est justement l’intérêt de la route : Torre Guaceto, San Cataldo et les Cesine demandent des roues ou un bus d’été. Voyez notre guide sur comment se déplacer dans les Pouilles.

Où se baigner entre Ostuni et Lecce ?

Punta Penna Grossa, dans la réserve de Torre Guaceto : 1,4 km de sable clair à environ 15 km de Brindisi, avec les voitures tenues à l’écart des dunes. C’est la raison de faire le détour, pas une consolation.

Brindisi mérite-t-elle un arrêt en chemin ?

Une heure, oui. C’est un port de travail plus qu’une ville de carte postale, mais la colonne romaine au-dessus du port est la fin de la voie Appienne, et l’histoire qu’elle porte continue jusqu’à Lecce. Lisez notre guide de Brindisi avant de décider du temps à lui donner.

Dans quel sens faire la route ?

Ostuni d’abord, Lecce à la fin. Ostuni est une ville du matin, tout en chaux et en éclat, tandis que le baroque de Lecce est au mieux en fin d’après-midi, quand la pierre vire à l’or. En sens inverse cela marche, mais on perd cela.

Antonio Marchese, fondateur de Puglia Uncovered
Antonio Marchese · Fondateur & natif des Pouilles
Grandi dans la province de Brindisi, 30 ans dans les Pouilles. À propos de ce site

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