Préparer son voyage

Les Pouilles sans voiture : le guide honnête

Un train régional des Ferrovie del Sud Est, une façon de circuler dans les Pouilles sans voiture

Presque tous les guides des Pouilles supposent que vous louerez une voiture. Mais beaucoup de voyageurs ne peuvent pas conduire, ne veulent pas conduire sur des routes inconnues, ou détestent simplement l’idée de chercher une place devant une vieille ville fortifiée. Voici donc la réponse honnête à la question qu’on nous pose sans arrêt : oui, vous pouvez faire un excellent voyage dans les Pouilles sans voiture, à condition de vous installer aux bons endroits et d’accepter quelques vraies limites.

L’astuce consiste à construire le voyage autour de la ligne de train, à considérer les excursions guidées et les chauffeurs privés comme l’outil qui étend votre portée là où le train ne va pas, et à choisir un point de chute qui vous récompense même les jours où vous ne bougez pas. Ce guide avance trajet par trajet, de façon pratique, pour que vous puissiez organiser sereinement.

L’essentiel, sans détour : à quoi ressemblent les Pouilles sans voiture

Les Pouilles ont une colonne vertébrale ferroviaire vraiment utile le long de la côte adriatique, et la plupart des villes que l’on veut voir la première fois se trouvent dessus. Mettez-les bout à bout et vous avez déjà un voyage riche et varié : villes baroques, villages blanchis à la chaux perchés, criques au pied des falaises et cuisine de premier ordre, le tout accessible avec un billet régional de quelques euros. Pour le tableau complet de toutes les options, voyez notre guide pour se déplacer dans les Pouilles.

Là où voyager sans voiture devient difficile, c’est pour les Pouilles des cartes postales qui ne sont pas près d’une gare : les masserias isolées au bout de longs chemins de gravier, les plages plus sauvages du Salento, et le promontoire isolé du Gargano au nord. Vous n’avez pas à y renoncer complètement, mais vous y arrivez avec une excursion ou un chauffeur, pas avec un horaire. Soyez honnête avec vous-même sur l’importance que vous accordez à ces « Pouilles cachées », et organisez-vous en conséquence.

La colonne vertébrale sans voiture : la ligne de train adriatique

La colonne vertébrale de tout voyage sans voiture dans les Pouilles, c’est la grande ligne Trenitalia qui descend la côte adriatique de Bari vers Lecce. En chemin, elle dessert entre autres Polignano a Mare, Monopoli, Fasano, Ostuni et Brindisi avant d’atteindre Lecce. Cette seule ligne relie une suite remarquable de destinations.

Deux choses la rendent utilisable par les voyageurs. D’abord, elle porte des trains régionaux fréquents, bon marché et qui ne demandent en général pas de réservation : vous achetez un billet, vous le compostez si nécessaire, et vous montez. Ensuite, les arrêts sont assez proches les uns des autres pour que les excursions à la journée entre eux soient vraiment faciles : vous dormez dans une ville et vous en voyez pourtant plusieurs.

Une colonne vertébrale réaliste, sans voiture, ressemble à ceci :

  • Bari comme ville d’arrivée probable, avec une vieille ville pleine d’atmosphère et le principal nœud de transport des Pouilles.
  • Polignano a Mare, la fameuse crique du village perché, à un court saut au sud de Bari.
  • Monopoli, une ville portuaire en activité avec un beau centre historique, juste après Polignano.
  • Ostuni, le village blanc éclatant sur sa colline, plus loin sur la ligne.
  • Brindisi, une ville portuaire et un point de correspondance utile.
  • Lecce, la capitale baroque du Salento et l’un des meilleurs points de chute de la région.

Faites-le dans un sens ou dans l’autre et vous avez un voyage complet sans jamais toucher un volant.

Un bémol : certaines gares sont loin de la vieille ville

Voici un détail sur lequel on trébuche. Plusieurs gares des Pouilles ne sont pas dans le centre historique que vous êtes venu voir. Ostuni en est l’exemple classique : sa gare se trouve à environ deux kilomètres en contrebas du fameux village blanc, trop loin pour tirer confortablement une valise en montée. Une navette locale relie la gare au centre, et des taxis ou les petits tuk-tuks à trois roues, les « ape », attendent devant, mais il faut prévoir ce dernier bout plutôt que de supposer qu’on descend du quai directement dans la vieille ville.

La leçon est simple : pour chaque arrêt, vérifiez à l’avance si la gare est centrale ou s’il vous faudra un bus ou un court taxi au bout. C’est rarement rédhibitoire, mais il vaut bien mieux le savoir avant d’arriver avec les bagages que le découvrir sur le quai.

Rejoindre les villages de trulli : la ligne FSE vers la vallée d’Itria

Les trulli aux toits coniques de la vallée d’Itria sont en haut de presque toutes les listes des Pouilles, et les villages vedettes, Alberobello et Martina Franca, sont accessibles sans voiture. Ils ne sont pas desservis par la grande ligne Trenitalia mais par le réseau privé séparé des Ferrovie del Sud Est (FSE), qui part de Bari vers l’intérieur.

C’est ici que l’honnêteté compte. La FSE circule bien moins souvent que la grande ligne côtière, les horaires diffèrent nettement entre la semaine et le week-end, et certaines portions du réseau sont parfois assurées par des bus de remplacement plutôt que par de vrais trains : le « train » que vous avez réservé peut donc se présenter sous la forme d’un car. Il existe aussi une liaison directe en bus, exploitée par la FSE, de Bari vers le pays des trulli, en alternative au train, et selon votre destination exacte vous devrez peut-être changer en route.

Ce que cela veut dire en pratique :

  • Vérifiez l’horaire FSE pour votre date précise et non un horaire générique, parce que la fréquence est vraiment limitée.
  • Prévoyez de la marge et ne planifiez pas une correspondance serrée le même jour.
  • Si l’horaire paraît malcommode, une excursion guidée d’une demi-journée dans la vallée d’Itria au départ d’une base côtière est souvent la façon la plus reposante de voir Alberobello et les villages perchés alentour, et elle supprime complètement le stress des horaires.
La petite gare FSE d’Alberobello, avec un bus de remplacement qui attend devant
La gare d’Alberobello : sur la ligne FSE, le « train » que vous avez réservé peut se présenter sous la forme d’un bus.

Combler les trous : excursions et chauffeurs privés

Aucun train n’atteint une masseria au bout d’un chemin de terre, une plage précise du Salento, ni les recoins du Gargano. Pour tout ce qui est hors de la carte ferroviaire, les voyageurs sans voiture s’appuient sur deux outils.

Les excursions guidées à la journée

Les excursions organisées à la journée sont de loin la meilleure façon de voir les parties des Pouilles que le train n’atteint pas. Une excursion prend en charge la conduite, le stationnement et l’organisation, vous dépose exactement là où vous voulez être, et ajoute souvent un guide qui fait vivre le lieu. C’est ainsi que les voyageurs sans voiture voient réellement la vallée des trulli, le vignoble, les domaines oléicoles et les plages les plus difficiles d’accès. Parcourez les possibilités sur notre page des excursions à la journée dans les Pouilles et intégrez-en une ou deux à votre semaine plutôt que de les traiter comme un supplément : dans beaucoup d’itinéraires sans voiture, elles sont la pièce maîtresse et non l’extra.

Sur la côte, l’eau est une route à part entière. Les excursions en bateau atteignent des grottes marines et des criques que vous n’atteindriez jamais par la terre, et elles s’accordent naturellement à un voyage sans voiture parce qu’on embarque en ville. Notre guide des excursions en bateau dans les Pouilles couvre les meilleurs départs, y compris les grottes autour de Polignano.

Les chauffeurs privés (NCC)

Quand vous voulez la liberté de porte à porte sans louer, prenez un chauffeur privé. En Italie on les appelle NCC, « noleggio con conducente », littéralement location avec chauffeur. Ils se réservent à l’avance au lieu de se héler, et surtout ils sont en général autorisés à entrer dans les ZTL, les zones à trafic limité qui ceinturent la plupart des centres historiques : un NCC peut légalement vous déposer devant votre hôtel de la vieille ville ou à la porte d’un restaurant là où une voiture de location risquerait une amende. Les règles d’accès sont fixées commune par commune, ce n’est donc pas une garantie absolue, mais en pratique un NCC agréé est le moyen d’être livré au seuil d’une masseria de campagne ou d’un club de plage difficile d’accès, puis repris à l’heure convenue. Cela coûte plus cher qu’un train, évidemment, mais pour une seule grande journée, un agriturismo à la campagne, un trajet vers l’aéroport avec les bagages, un domaine viticole, c’est de l’argent bien dépensé.

Les aéroports : de l’avion au centre-ville

Les deux aéroports des Pouilles, Bari et Brindisi, ont tous les deux des liaisons simples vers la ville sans voiture : votre voyage peut commencer sans passer par un comptoir de location. Notre guide complet pour se rendre dans les Pouilles détaille l’arrivée, mais en résumé :

  • L’aéroport de Bari est relié à la gare de Bari Centrale par une ligne ferroviaire métropolitaine dédiée, un trajet rapide de bien moins d’une demi-heure, avec un bus urbain comme solution moins chère et des taxis devant la porte. Depuis Bari Centrale, vous êtes déjà sur la dorsale décrite plus haut.
  • L’aéroport de Brindisi dispose d’une navette qui relie l’aéroport à la gare centrale de Brindisi, en service toute la journée, d’où vous prenez les trains vers Lecce ou vers le nord le long de la côte.

Dans les deux cas, vous pouvez être dans un train vers votre point de chute environ une heure après l’atterrissage, sans voiture.

Où s’installer quand on n’a pas de voiture

Votre point de chute fait ou défait un voyage sans voiture. Vous voulez un endroit qui soit sur la ligne de train, qui vaille le séjour pour lui-même, et qui soit un bon point de départ pour les excursions. Trois choix solides :

  • Lecce est le point de chute qui se détache pour le sud. C’est une vraie ville, avec beaucoup à faire à pied, elle est sur la grande ligne et c’est le point de départ naturel des excursions vers le Salento profond et ses plages, qui sont sinon la zone la plus difficile à atteindre sans voiture.
  • Ostuni fonctionne bien pour la côte centrale et la vallée d’Itria, et c’est beau, mais souvenez-vous de l’écart entre la gare et le village et prévoyez la navette ou le taxi.
  • Une ville côtière sur la ligne comme Monopoli ou Polignano a Mare vous donne la mer, une gare commode et de courts sauts en train vers les voisines : idéal si vous voulez un voyage plus lent, tourné vers la plage.

Beaucoup de visiteurs sans voiture partagent leur séjour : quelques nuits dans la bande Bari ou Polignano-Monopoli, puis quelques nuits à Lecce, en utilisant les excursions pour compléter la campagne depuis chaque base.

Ce que vous pouvez atteindre, et ce que vous ne pouvez pas, sans voiture

Facile sans voitureDifficile ou impossible sans voiture (prenez une excursion ou un chauffeur)
Bari, Polignano a Mare, Monopoli, Ostuni, Brindisi, Lecce (toutes sur la grande ligne)Les masserias et agriturismi isolés au bout de chemins de campagne
Alberobello et Martina Franca (ligne FSE, peu fréquente)La majeure partie de la côte sauvage du Salento et ses clubs de plage
Les centres-villes, les vieilles villes et leurs restaurants, à piedLe promontoire du Gargano, au nord (transports en commun très limités)
Les grottes marines et les criques en excursion en bateauLes arrêts improvisés dans la campagne, à votre rythme
Les transferts aéroport-ville en train, en navette ou en taxiLes villages tranquilles de l’intérieur, loin de toute gare

Ce à quoi vous renoncez vraiment

Soyons francs : sans voiture, vous perdez la spontanéité à la campagne. Vous ne vous arrêterez pas au passage devant une oliveraie anonyme, vous ne courrez pas après une plage recommandée par un ami, et vous n’improviserez pas en un après-midi un itinéraire entre trois minuscules villages perchés. Séjourner dans une masseria isolée devient un exercice de logistique plutôt qu’un caprice. Et le Gargano, ce promontoire montagneux et boisé du nord, est réalistement hors jeu en transports en commun ; s’il compte pour vous, c’est la seule région pour laquelle il faut sérieusement envisager un chauffeur ou une excursion dédiée.

Pour la plupart de ceux qui viennent pour la première fois, rien de tout cela ne pèse plus lourd que le plaisir de sauter en train d’une belle ville à l’autre en laissant un guide s’occuper du reste. Mais autant le choisir en connaissance de cause plutôt que découvrir les limites au milieu du voyage.

La côte du Gargano vue du ciel, falaises de calcaire blanc et promontoires boisés au-dessus d’une mer turquoise
Le Gargano : la seule région qui, réalistement, saute d’un voyage sans voiture.

Les bus : la solution de repli économique

Les bus régionaux comblent certains trous laissés par les trains, et ils sont bon marché, ce qui en fait un utile filet de sécurité pour le budget, surtout pour les courts sauts locaux comme d’une gare à un centre-ville. La contrepartie, c’est que les horaires peuvent être clairsemés, que l’information n’est souvent qu’en italien, et que le service se réduit fortement le dimanche et les jours fériés. Voyez les bus comme un complément utile au plan train-et-excursions plutôt que comme le plan lui-même, et vérifiez toujours les horaires de retour avant de partir, pour ne pas rester en rade.

En résumé

Installez-vous sur la ligne de train adriatique, idéalement avec un séjour à Lecce et un séjour sur la côte, servez-vous de la ligne FSE pour les villages de trulli en respectant son horaire clairsemé, et appuyez-vous sur les excursions à la journée, les sorties en bateau et, à l’occasion, un chauffeur NCC pour tout ce que le rail n’atteint pas. Faites cela, et les Pouilles sans voiture ne sont pas un compromis : c’est une très belle façon de voyager. Acceptez que la campagne profonde et le Gargano restent en grande partie hors de portée, et vos attentes seront exactement là où elles doivent être.

Antonio Marchese, fondateur de Puglia Uncovered
Antonio Marchese, fondateur & natif des Pouilles
Grandi dans la province de Brindisi, 30 ans dans les Pouilles. À propos de ce site

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